Alain Ehrenberg

Rédigé le 11/05/2018
Groupe ESC Clermont

Sociologue français, il s'est particulièrement intéressé aux malaises individuels dans la société moderne, face à la nécessité de performance et l'injonction de l'autonomie, dans la perte des repères et des soutiens de la société. (1950 - )

" Si la névrose est une façon de désigner des problèmes créés par une société de discipline, d'interdits, de conformité, etc., la dépression, elle, est une manière d'exprimer les difficultés engendrées par une société de choix total, de performances individuelles, d'actions et d'initiatives individuelles.
Si la question de la névrose est celle du désir (c'est ce que nous enseigne la psychanalyse), la question de la dépression est celle de la valeur : suis-je à la hauteur ? qu'est-ce que je vaux ?  "
 
" [La dépression] est une pathologie de l'estime de soi, car c'est notre valeur personnelle qui est en jeu. On peut la définir socialement comme une pathologie de la grandeur. "
 
" Le "malaise" se résume dans une double idée : le lien social s'affaiblit tandis qu'en contrepartie l'individu est surchargé de responsabilités et d'épreuves qu'il ne connaissait pas auparavant. C'est ce que les sociologues français appellent un phénomène de désinstitutionnalisation. La preuve de ce malaise se trouve dans les pathologies sociales qui se développent dans notre monde moderne (dépression, pathologies narcissiques...) et qui se présentent comme des pathologies de l'autonomie. "
 
" Les inégalités concernent toujours les mêmes populations qu'auparavant mais avec une différence notable : alors qu'elles étaient vécues auparavant comme un destin collectif, elles sont désormais endossées comme un échec personnel. Elles ont aussi changé de nature : face aux exigences du marché du travail, les capacités relationnelles et cognitives sont inégalement distribuées entre individus. D'où la souffrance psychique (sentiment de ne pas être à la hauteur, perte de l'estime de soi). "